Prévention de l’allergie alimentaire : les recommandations mises à jour
Publié le 12/08/2021

Les allergies alimentaires sont fréquentes et altèrent significativement la qualité de vie des patients. Elles touchent principalement des nourrissons et jeunes enfants et concerneraient 1 personne sur 10 dans les pays à hauts revenus. La question cruciale est de disposer de mesures efficaces et sûres pour les prévenir. L’Académie européenne d’allergie et d’immunologie clinique (EAACI) avait élaboré des recommandations sur ce sujet en 2014. Une mise à jour a été réalisée, reprenant les travaux, études et méta-analyses publiés entre 1946 et 2019. Elle ne concerne que les allergies alimentaires IgE médiées et se focalise sur leur prévention chez les enfants de 0 à 5 ans. Elle n’aborde pas le volet thérapeutique.
Œuf cuit et arachide dès le début de la diversification
D’entrée, les auteurs rappellent que l’OMS recommande l’allaitement maternel exclusif pendant les 6 premiers mois de vie et de le poursuivre pendant les 2 premières années. Si un substitut est nécessaire, il doit être choisi parmi les laits industriels adaptés. La diversification alimentaire peut être commencée entre 4 et 6 mois, mais ne doit pas avoir un impact négatif sur l’allaitement.
Les experts de l’EAACI valident 3 mesures ayant prouvé leur efficacité pour la réduction du risque d’allergie alimentaire. Ils suggèrent l’introduction de petites quantités d’œuf bien cuit dans l’alimentation des enfants au moment de la diversification, en prohibant les œufs crus ou peu cuits.
Dans les populations où la prévalence de l’allergie à l’arachide est élevée, ils préconisent d’introduire l’arachide, sous une forme adaptée à l’âge, au moment de la diversification. L’âge le plus adapté pour l’introduction des œufs et de l’arachide paraît être entre 4 et 6 mois.
Enfin, les experts recommandent de ne pas utiliser de formules à base de lait de vache, comme complément régulier à l’allaitement maternel, au cours de la première semaine de vie. Le lait maternel apporte tout ce dont l’enfant a besoin. Si un complément est nécessaire, ils suggèrent d’avoir recours à une banque de lait maternel, ou à des formules hydrolysées ou à base d’acides aminés.
Pas d’exclusion alimentaire pendant la grossesse et l’allaitement
En revanche, le comité d’experts déconseille certaines pratiques. Il estime inefficace et pouvant mener à des carences, l’exclusion des aliments contenant des allergènes pendant la grossesse ou l’allaitement. Ils s’opposent aussi à l’utilisation de formules à base de protéines de soja pendant les 6 premiers mois de vie dans le but de prévenir les allergies. Sur ce dernier point, des questions se posent en effet sur les effets néfastes possibles sur les nourrissons de la présence de phytates, d’aluminium et de phytoœstrogènes dans ces préparations. Enfin, les auteurs se prononcent contre la vaccination du BCG comme méthode de prévention de l’allergie alimentaire (mais conseillent de suivre les recommandations nationales, dans le cadre de la lutte contre la tuberculose).
Enfin, ils estiment que les données ne permettent pas d’établir un avis, favorable ou non, concernant l’utilisation de vitamines, huiles de poissons, pré et/ou probiotiques pendant la grossesse, l’allaitement ou chez le nourrisson. Il n’y a pas d’avantage ni d’inconvénient démontré à raccourcir la durée de l’allaitement maternel exclusif, à utiliser des formules infantiles hydrolysées ou à utiliser des émollients de façon préventive.
En conclusion, l’on peut retenir deux principaux changements par rapport aux recommandations de 2014. La première est l’introduction de l’arachide et des œufs au début de la diversification alimentaire. La seconde est l’abandon, au cours de la première semaine de vie, des formules à base de lait de vache comme compléments à l’allaitement maternel.
Le message principal des experts est que les mères et les nourrissons doivent suivre une alimentation saine et équilibrée, en accord avec ce qui est habituel dans leur milieu et leur famille. Tenter de prévenir une allergie en excluant certains aliments ou en prenant des compléments alimentaires ne peut pas être recommandé. Ils reconnaissent que les données sont encore peu solides et recommandent la poursuite de travaux de grande ampleur nécessaires pour renforcer la prévention des allergies alimentaires.
Dr Roseline Péluchon
RÉFÉRENCE
Halken S, et coll. European Academy of Allergy and Clinical Immunology Food Allergy and Anaphylaxis Guidelines Group. EAACI guideline: Preventing the development of food allergy in infants and young children (2020 update). Pediatr Allergy Immunol. 2021 Jul;32(5):843-858. doi: 10.1111/pai.13496.
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